Médias sociaux et identité numérique : un miroir déformé ?

Thierry Karsenti m’a invité à donner une des conférences principales au Sommet de l’iPad et du numérique en éducation 2017 à la suite de la rédaction d’un billet de blogue en novembre dernier.  Au moment d’accepter son invitation, j’étais loin de me douter que les événements allaient se bousculer à un tel rythme sur Facebook, Twitter, Google et compagnie. L’actualité s’est chargée de me fournir beaucoup trop de tristes exemples contre lesquels nous devons apprendre à nous prémunir. Vous pouvez le constater dans ma présentation.

 

 

 

 

 

 

 

 

https://fr.slideshare.net/NormandBrodeur/mdias-sociaux-et-identit-numrique-un-miroir-dform/NormandBrodeur/mdias-sociaux-et-identit-numrique-un-miroir-dform

Comment départager le mensonge de la vérité sur les médias sociaux ?

Mensonge, vérité, usurpation de propos, montage honnête ou frauduleux : comment démêler le vrai du faux dans les informations qui circulent sur les médias sociaux ? D’une part, les histoires sordides de professionnels de l’information, qui sont pourtant soumis à un code de déontologie, n’ont rien d’édifiant et sont loin d’être des modèles à proposer à nos élèves.

D’autre part, les différentes traces et empreintes que nous laissons lorsque nous naviguons sur le Web sont autant de renseignements que nous donnons à ces fournisseurs. Il peut paraître banal de répondre à un questionnaire sur les habitudes de vie ou sur l’équilibre alimentaire pour nous détendre. Or, il ne faudra pas s’étonner de recevoir par la suite des publicités ou des alertes de gymnases ou de chaines alimentaires spécialisées. Je vous cite des questionnaires anodins. Vous pouvez imaginer la suite avec des sondages plus personnels ou plus intimes.

Ces informations que nous donnons de plein gré contribuent à former notre image d’utilisateur et projettent de nous une image sur les médias sociaux. Les algorithmes derrière ces « like » que nous cliquons, ces informations que nous relayons ou ses sondages auxquels nous répondons dessinent le portrait de nos goûts, de nos habitudes et de nos relations. Mieux, les réseaux sociaux nous renvoient des informations qui viennent consolider les opinions que nous défendons et nous suggèrent même des « amis » qui « pensent » comme nous. Inquiétant !

Quelle image affichons-nous ?

 

 

 

 

 

 

 

 

Les natifs du numérique

Pour leur part, les natifs du numérique qui sont assis sur les bancs d’école possèdent une grande aisance avec les outils numériques. Certes, mais ils les utilisent encore de façon limitée, peut-on lire dans les différentes études. La communication sur les différents réseaux, la recherche d’informations et le jeu constituent leurs principales activités. Or, qu’advient-il des traces laissées lors de leur navigation sur le net ? L’école aurait-elle un rôle à jouer pour développer les habiletés informationnelles et numériques des élèves quant à l’identité et à la citoyenneté numériques ?

Ce n’est pas parce qu’ils sont nés avec les NTIC que les jeunes possèdent les clés pour naviguer adéquatement sur les médias sociaux. « Ceux-ci [les natifs] ont beau passer une grande quantité de temps à l’extérieur de la classe sur les réseaux sociaux, ils n’acquièrent pas nécessairement les compétences qui leur permettraient de les utiliser de façon optimale. »[i]

Une rupture générationnelle se profile quand il est question du traitement de l’information recherchée. L’usage que font les natifs du numérique sur les médias sociaux ne semble plus être le même que celui des générations précédentes en regard de la quête des informations. « Les jeunes se soucient moins d’être informés que de savoir où trouver l’information », nous affirme Michel Cartier sur son site 21e siècle. Si tel est le cas, nous pouvons nous questionner sur le sens qui se perd lorsque nous ne pouvons lier les informations entre elles. Serions-nous vis-à-vis un phénomène de granulation de l’information ?

« Ceux-ci [les natifs] ont beau passer une grande quantité de temps à l’extérieur de la classe sur les réseaux sociaux, ils n’acquièrent pas nécessairement les compétences qui leur permettraient de les utiliser de façon optimale. »

École Branchée, (septembre 2015)

L’École à nouveau interpelée

Encore une fois, c’est vers l’école que nous nous tournons pour former ce citoyen numérique… même si l’école tarde à effectuer son propre virage numérique. Nous ne sommes pas à une dichotomie près, direz-vous. Plus sérieusement, il devient de plus en plus urgent de doter notre système d’éducation d’une vision numérique claire si nous voulons vraiment préparer nos élèves à vivre dans une société numérique incontournable. A-t-on besoin de le rappeler ?

Pour cela, je vous invite à prendre connaissance de la présentation de Sébastien Stasse aussi offerte au Sommet de l’iPad et du numérique en éducation 2017. « La citoyenneté numérique, le nouveau défi de la présence numérique des élèves » est disponible sur son site In scholam.

Les défis que doit relever l’école sont multiples quand on pense à former ce citoyen du 21e siècle : responsable, engagé, autonome, inventif et créatif. Aux enjeux de la littératie et de la numératie, s’ajoutent ceux de la littératie numérique, afin d’éviter une fracture numérique dramatique pour la génération à venir. Comme le disent si bien Landry et Letelleir (2016) « Une éducation critique aux médias n’est plus une option; elle s’impose comme une nécessaire initiation à la citoyenneté ».

 

[i] https://ecolebranchee.com/2015/09/29/alphabetiser-les-jeunes-au-web-une-necessite-pour-lecole-daujourdhui/

Changer une culture demande du temps

« Les bœufs sont lents, mais la terre est patiente » (proverbe cambodgien)

 

S’il est un domaine où la valorisation professionnelle  fait défaut, c’est bien celui de l’enseignement. Les moments plus officiels pour souligner  l’engagement exceptionnel  des enseignants auprès de leurs élèves, dans l’élaboration de projets particuliers ou dans des démarches de développement professionnel sont plutôt rares. Pourtant, lorsqu’ils arrivent ces moments, ils peuvent engendrer de la gêne et de l’inconfort, comme l’a souligné Marc-André Girard, dans son récent  billet intitulé Le gala des profs qui dérangent.

Cette difficile valorisation de la profession serait-elle liée à une question de culture du milieu ?  Quand on sait que le degré de confiance des Canadiens à l’égard des enseignants n’a cessé de croître depuis les années 90, il y a tout lieu de s’interroger.  La firme Léger Marketing révélait  au début des années 2000 que la population avait confiance aux enseignants dans une proportion de 88%; à un point d’écart seulement sous les médecins [1].  Il y a tout lieu de s’interroger.

@Léger Marketing

@Léger Marketing

L’innovation n’est pas donnée au premier venu

Qui sont les candidats à se présenter aux portes des universités en éducation? Pour la très vaste majorité, il s’agirait de jeunes qui ont aimé l’école, le milieu dans lequel ils ont évolué et ont appris et qu’ils souhaitent recréer.  Ce n’est pas moi qui le dis, mais bien Maurice Tardif, de l’Université de Montréal, dans son étude sur la profession intitulée La condition enseignante au Québec du XIXe au XXIe siècle

« Je reproduis bien ce que je connais bien », semble être le credo de ces jeunes universitaires.  Et puis, il y a les autres (dont je suis) qui sont arrivés à l’enseignement par défi ou par conviction, en se disant qu’il était possible de faire les choses autrement.  J’avoue que mon passage au secondaire a été d’une grande tristesse, n’eût été de la rencontre avec  2 ou 3 enseignant(e)s qui m’ont rejoint (lire cru en moi ou soupçonné mon potentiel qui était en grande dormance). Oui, j’ai joué le jeu de l’école qu’on me demandait dans les années 70.  Le phénomène n’est pas propre au XXIe siècle.

La formation initiale en éducation a longtemps pu fonctionner dans un Québec qui avait tout à construire. Relisez les Insolences du frère Untel pour vous en convaincre.  Nous arrivons de loin!  Mgr Parent et ses acolytes ont réalisé un travail titanesque en nous dotant d’un ministère de l’Éducation et d’un Conseil supérieur de l’Éducation. Merci! En bref, les recommandations du Rapport Parent ont fait passer le système d’éducation du Québec du Moyen-Âge au XXe siècle. Nous ne saluerons jamais assez le courage et l’audace de ces bâtisseurs du début des années 60.

Nous voici maintenant au XXIe siècle. Le monde a évolué et les besoins en matière de formation des maîtres aussi.  Ce n’est pas une illusion! Nous ne pouvons plus demander aux jeunes enseignants de reproduire le milieu qu’ils ont tant aimé.  Les enseignant(e)s d’aujourd’hui sont des agents de changement, or ils ne sont pas préparés à ce changement de culture.  Je laisse le soin aux universités de modifier la formation initiale, afin qu’elle s’adapte mieux aux exigences de la profession.

Illusion ou Question de perception

Illusion ou Question de perception

 

Je ne baisse pas les bras pour autant et je milite à travers  mes actions et mes textes pour une véritable culture de formation continue. Nos enseignants travaillent bien et nos jeunes candidats arrivent encore aujourd’hui en 2017 avec une foi pédagogique prête à déplacer des montagnes. Il est alors de notre devoir de les accompagner, de les former afin qu’ils fassent mieux ce qu’ils font déjà bien, bien sûr.   Nous devons aussi les mettre en contact avec la recherche, les données probantes, les expérimentations porteuses de renouveau; avec les forums de discussion tels que TacEdChat, les lieux d’échanges comme les Soupers pédagogiques presque parfaits USPPP, les sites de formation continue comme CADRE21 et les multiples réseaux sociaux Facebook et Twitter.

Les enseignant(e)s d’aujourd’hui sont des agents de changement,

or ils ne sont pas préparés à ce changement de culture.

 

Le milieu de l’éducation a ses contraintes et son rythme qui lui sont propres aussi. Raison de plus pour aller vers chaque enseignant et le prendre où il est dans son développement professionnel. Si un des premiers facteurs de motivation et de réussite chez les élèves est le lien de confiance avec son enseignant, pourquoi en serait-ce autrement avec les enseignants eux-mêmes lorsque nous leur parlons de formation continue.

Je me rappelle la conférence d’ouverture de Benoit Petit à Clair 2016 au Nouveau-Brunswick, quand il nous expliquait l’importance de composer avec l’affectif des enseignants avant de parler de changement.  Il nous invitait à faire nommer, à reconnaître, à prendre en compte les craintes ou les appréhensions des enseignants dans le but de construire ensemble, plutôt que d’imposer (et de braquer les enseignants).

@Benoit Petit Clair 2016

@Benoit Petit Clair 2016

Pour ne laisser personne derrière

Les changements en éducation sont là et il est vain de s’y opposer. Ce n’est pas une illusion, je le répète. Or, il faut s’assurer que tous nos enseignant(e)s soient en mesure de progresser (Growth mindset) personnellement et professionnellement  sans laisser personne en cours de route.   No Teacher left behind, disent les Anglais. Cette philosophie du changement suggère de proposer des défis pertinents (relevant) de nature personnelle et professionnelle aux enseignants et de leur faire vivre les succès au fur et à mesure.  C’est ainsi que se développe le sentiment d’efficacité personnelle. Comme le dit si bien George Couros le changement est un processus « Innovation is a process not a product ».  Ainsi, les collègues pourront véritablement applaudir les succès des enseignants qui progressent, tout comme eux… parce que c’est normal de vouloir s’améliorer quand nous aimons ce que nous faisons et les jeunes avec qui nous travaillons.

[1] Presse canadienne et Léger Marketing.  La perception des Canadiens à l’Égard de certaines professions : Rapport. Montréal, 2003.

Je pense donc je blogue

Commencer l’année 2017 par la rédaction d’un billet de blogue m’est soudainement apparu comme une évidence. Cela s’est manifesté comme une obligation non pas professionnelle, mais bien organique. Il le fallait ! Curieux, me direz-vous ? Pas tant que cela si nous prenons la peine de regarder tout autour. Il semble bien qu’un besoin de dire se soit répandu en ces premiers jours de janvier. Y aurait-il eu un secret quatrième Roi-mage qui serait venu nous livrer de l’encre pour notre Épiphanie pédagogique ?

Il est tout de même fascinant de remarquer qu’en quelques jours d’intervalle à peine autant de gens aient pris la plume (maintenant électronique, va sans dire) pour parler de l’urgence d’écrire, du besoin d’écrire, de la nécessité d’écrire pour relancer le dialogue en éducation. Force est de constater qu’il s’est passé quelque chose dans le ciel de janvier pour que tour à tour et sans que personne ne se consulte que nous ayons eu droit à une aussi riche production. Sinon, comment expliquer les billets de Joël McLean, Marc-André Girard, Roberto Gauvin, Jacques Cool, Sylvain Bérubé (un retour?), Mario Asselin , Jean-Pierre Proulx et de Sébastien Gagnon, pour ne nommer que ceux-là?

Publier au quotidien

Comment expliquer qu’à l’ère des médias sociaux où chacun a la possibilité de réagir in situ au moindre événement qui se déroule dans l’univers que nous assistions à un retour aux billets de blogue ? On peut aisément comprendre que la limite des 140 caractères de Twitter en laisse plusieurs sur leur faim, mais Facebook de son côté offre beaucoup plus de possibilités pour laisser aller sa pensée et développer sur des sujets qui nous tiennent à cœur. La réponse serait-elle ailleurs?

En fait, la réponse se situe dans la forme même du blogue qui appelle une autre approche, une autre attitude quant au sujet traité dans le billet. Les médias sociaux, pour leur part, appellent à la réaction, au partage d’idées et quelques fois (pas assez souvent à mon goût) à des dialogues avec la communauté. Or, il a été démontré à plusieurs occasions que les échanges sur les médias sociaux se font souvent entre gens qui partagent les mêmes intérêts, quand ce n’est pas les mêmes points de vue. On parle ici d’algorithmes et de données croisées.

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C’est entre autres ce qui explique toutes les publicités de mises en forme que vous recevez depuis que vous avez pris la résolution le 1er janvier dernier de vous inscrire au gym ou de partager vos données de votre nouvelle montre Fitbit avec une communauté virtuelle et vertueuse de nouveaux adeptes du conditionnement physique après les abus du temps des Fêtes. Il serait tentant ici d’épiloguer sur la campagne électorale américaine et le phénomène inadmissible de post-vérités qui en a surgit. Je me retiens. Revenons au blogue.

Écrire pour penser

Contrairement aux multiples échanges faits sur les médias sociaux, le billet de blogue permet d’écrire sa pensée et ainsi de développer sa réflexion. Il n’est pas meilleur exercice intellectuel que l’écriture pour faire émerger ses idées, les organiser et les développer dans un tout cohérent. Lavoisier avait beau dire que «ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement et que les mots pour le dire viennent aisément », il n’en demeure pas moins que l’acte d’écrire est un processus. Certes, plus ou moins long ou plus ou moins lent; plus ou moins simple ou plus ou moins complexe, selon les individus.

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Or, j’insiste sur le mot processus que le dictionnaire Larousse de la langue française définit comme [une] « suite continue d’opérations, d’actions constituant la manière de faire, de fabriquer quelque chose ». Et ce quelque chose c’est la pensée, la noèse, comme l’évoquait Jean-Paul Sartre : c’est-à-dire l’«action de se mettre dans l’esprit, conception ou intelligence d’une chose; faculté de penser, intelligence, esprit».

Et ce quelque chose c’est la pensée, la noèse : c’est-à-dire l’«action de se mettre dans l’esprit, conception ou intelligence d’une chose; faculté de penser, intelligence, esprit».

ORTOLANG (Outils et Ressources pour un Traitement Optimisé de la Langue)

Donc, si l’écriture est un processus menant à la fabrication de quelque chose, nous nous trouvons devant un objet d’apprentissage unique et complexe à la fois, sur lequel nous ne saurions jamais trop insister : le savoir-écrire, disait-on lorsque j’étais sur les bancs d’école.

De l’importance d’écrire

Depuis cette époque, le Ministère a augmenté le temps d’enseignement du français langue d’enseignement de 150 à 200 heures/année au premier cycle du secondaire et a ajouté une épreuve obligatoire (mais non diagnostique) en 2e secondaire. Il s’est aussi ajouté une épreuve unique en 5e secondaire et une épreuve uniforme de fin de parcours au niveau collégial. Les résultats sont-ils au rendez-vous? Je me questionne sérieusement et je ne vous parle même pas de l’épreuve de français pour nos finissants en éducation qu’ils peuvent reprendre autant de fois qu’il leur est permis pour obtenir leur droit d’enseigner. Ouch!

Non, je parle d’écriture comme moyen d’appréhender et de comprendre le monde, comme levier pour s’exprimer, comme code donnant accès à toute une culture humaniste et scientifique comme à ses multiples référents et aussi comme outil pour développer le sens critique pour être un citoyen conscient et éclairé. Enfin, l’écriture comme fantastique véhicule de création.

Une visibilité de l’esprit

Au même titre qu’un FabLab ou qu’un MakerSpace, l’écriture peut faire appel à une démarche de pensée design. À travers une série d’itérations, l’écriture incite à émettre une problématique, à soulever des hypothèses, à valider des informations et ses sources, à revenir pour consolider ou infirmer ses hypothèses de départ et à créer de façon concrète une pensée. Pour cela, il faut amener nos élèves à écrire de plus en plus en situation réelle. Nous ne cessons de le répéter que l’élève doit être au cœur des apprentissages, que nous devons nous inspirer de situations réelles pour « engager » les élèves. Or, le billet de blogue est sûrement le format le plus pertinent pour inscrire les élèves dans des apprentissages réels qui les rejoignent dans ce qu’ils sont et ce qu’ils vivent. Cela est d’autant plus pertinent pour les élèves que l’écriture d’un billet de blogue est diffusé en ligne et qu’il appelle des interactions avec le public lecteur.

Mario Asselin a été un des premiers au Québec à le comprendre au début des années 2000. Il a d’ailleurs écrit dernièrement en repensant à ses années à la direction des écoles que « L’expérience de l’utilisation des blogues en milieu scolaire est rapidement devenue libératrice. De fait, j’avais vécu au fil des vingt-deux ans plusieurs belles expériences qui m’éloignaient de la recherche du bon moule, mais jamais je n’avais vécu quelque chose d’aussi puissant, d’aussi satisfaisant. »

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Meilleurs vœux

Je termine en osant formuler un vœu pour 2017 : un vœu pour nos élèves, mais aussi pour les enseignants et les directeurs d’écoles à qui nous demandons d’être des leaders innovants et créatifs. Ce vœu est fou et déraisonnable, car il demande de prendre du temps : du temps pour faire émerger la pensée à travers l’écriture de billets de blogue. Le temps n’est pas infini, nous le savons que trop : il occupe l’espace que nous voulons bien lui accorder en fonction des priorités et des contraintes que nous nous mettons souvent nous-mêmes. Allez, je vous souhaite une belle année.

Comment négocier avec la part de mensonge ?

 

La semaine dernière a été riche en actualité, notamment en ce qui a trait à la véracité des informations qui circulent sur les médias sociaux. Mensonges d’un côté, usurpation de propos de l’autre : il n’en fallait pas davantage pour m’outrer à l’heure où nous nous démenons tant pour inculquer des notions de citoyenneté numérique responsable à nos élèves. Les élites médiatiques ont été tout, sauf des modèles à citer en exemple dans nos écoles.

La course à la présidence des États-Unis n’est pas étrangère à ce lot d’articles, dont on peut douter du bien-fondé. Elle en a même été l’élément déclencheur. Cela est tellement vrai que l’Huffington Post a publié le 17 novembre cet article au titre très évocateur : « Sur Facebook, les fausses informations ont bien eu plus de succès que les vrais articles pendant les trois derniers mois avant l’élection de Donald Trump ».

Plus près de nous, la journaliste Suzanne Colpron a été relevée de ses fonctions pour une période indéterminée lisait-on dans La Presse Plus du 19 novembre dernier pour s’être attribué des extraits d’entrevues réalisées par d’autres collègues journalistes. On parle ici de plagiat.

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Ne nous méprenons pas, il est ici question de professionnels de l’information bien au fait des règles journalistiques qui exigent de valider ses sources d’information deux fois plutôt qu’une avant de publier un article et de respecter les plus élémentaires règles de déontologie qui demandent de citer ces mêmes sources correctement. Le malaise est tellement grand que le quotidien La Presse en a fait le propos de son éditorial de dimanche.

Attitude mitigée de Facebook

De multiples voix se sont levées pour faire part de leurs inquiétudes au sujet de la capacité des gens à discerner le vrai du faux dans la marée d’informations sur les médias sociaux. Mark Zuckenberg, PDG de Facebook, a voulu diminuer l’impact des fausses informations sur Facebook en affirmant qu’elles ne représentaient que 1%. « 99 % de tout ce que les gens voient sur Facebook est authentique. Seule une minorité sont des articles mensongers ou des hoax [des faux] », déclarait-il sur sa page Facebook, comme le rappelle le blogue de IBM, Les clés de demain. N’empêche, Facebook changeait discrètement sa politique commerciale où il est indiqué aux annonceurs qu’ils doivent produire du contenu de qualité qui ne soit ni illégal, ni pornographique et qui ne prône pas la violence ni (et cela c’est nouveau depuis quelques jours) de fausses informations. Triste à souhait.

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Les « natifs du numérique » oui, mais

Les « natifs du numérique », comme plusieurs se plaisent à les appeler sont assis dans nos salles de classe et tous, probablement sans exception, ont accès à un appareil numérique. Or, les études le prouvent, l’utilisation que nos élèves font de ces outils se limite souvent à la communication (tous médias sociaux confondus), la recherche d’informations (pour apprendre pour et par soi ou pour les travaux scolaires) et les jeux (comme forme ludique, mais aussi d’apprentissage). L’école a donc un rôle à jouer pour développer les habiletés informationnelles et numériques (je n’aime pas le mot computationnel) et la gestion de l’identité numérique qui l’accompagne et, plus largement encore, celle de la citoyenneté numérique. Vaste programme, s’il en faut !

Nous sommes ce que nous publions

À l’heure du tout paraître et du tout afficher, il faut se rendre à l’évidence que nous sommes ce que nous publions. Textes, commentaires, photos, participation à des événements contribuent à dessiner notre empreinte numérique, notre signature. Il vaut mieux sensibiliser les élèves de façon proactive par l’éducation, plutôt que de gérer des situations de crise malheureuses et souvent évitables. « Aujourd’hui, quand nous partageons, il faut, déjà, penser à après-demain. Nous ne pouvons plus nous cacher derrière l’outil », nous rappelle Nicholas Luherne dans son article L’indispensable éducation aux médias. Ne pensons plus que les employeurs ne consultent pas les réseaux sociaux avant de procéder à l’embauche de nouveau personnel.

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Des initiatives heureuses

Force est de constater que des initiatives se multiplient un peu partout, pour aider les élèves et même leurs parents à comprendre les enjeux liés à la citoyenneté numérique. Tout dernièrement, lors du Sommet Google francophone à l’Académie Lafontaine, Manon Rollin, du Collège préuniversitaire Nouvelles-Frontières, présentait son iBook Branché à l’École : Guide de formation sur l’identité et la citoyenneté numérique. Le Collège Saint-Jean-Vianney de Montréal a maintenant une tradition avec son Colloque parents 3.0. Plusieurs modèles de chartes numériques tant pour le primaire que pour le secondaire sont affichés dans les classes de nos écoles. La vaste majorité des écoles qui ont fait entrer le numérique dans leurs murs ont un programme de citoyenneté numérique qui insiste sur la notion d’empreinte que nous laissons sur le Net, donc de notre identité numérique.

Québec répond à l’appel

La problématique est à ce point inquiétante que la ministre québécoise responsable de l’Accès à l’information et de la Réforme des institutions démocratiques, Mme Rita de Santis, a annoncé cette semaine le lancement d’une tournée de sensibilisation « Afin d’inciter les jeunes utilisateurs des réseaux sociaux et de divers sites web à adopter un comportement responsable et à porter une attention particulière aux renseignements personnels et à la vie privée qu’ils exposent dans le cyberespace ».

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L’intelligence artificielle à notre secours ?

Enseigner aux élèves la pertinence des informations n’est pas chose facile. Comment sélectionner le bon grain de l’ivraie ? La rumeur de l’information crédible ? La source douteuse d’une autre en apparence fiable ? On pourrait croire que les avancées en intelligence artificielle (IA) contribueraient à résoudre cette difficile équation. Malheureusement, il semble qu’il n’en est rien. Même l’IA a ses limites : notamment en ce qui concerne le jugement critique à appliquer dans de tels cas. « La probabilité permet certes de mesurer la quantité d’information dans un cadre technique. Mais elle ne dit rien de la pertinence de cette information », fait remarquer Frédéric Duriez dans son article Évaluer la pertinence d’une information : un défi de sensibilité pour l’intelligence artificielle.

Devoir de vérité et d’accompagnement

« Il est fastidieux de rechercher la vérité », précisent Landry et Letellier, dans L’Éducation aux médias à l’ère numérique, récemment publiée aux PUM. « Une éducation critique aux médias n’est pas une option ; elle s’impose désormais comme une nécessaire initiation à la citoyenneté », concluent-ils.

Les défis que doit relever l’École sont multiples quand on parle de former ce citoyen du XXIe siècle : responsable, engagé, autonome, inventif et créatif. Aux enjeux de la littératie et de la numératie, s’ajoutent ceux de la littératie numérique, afin de prévenir une fracture numérique qui ne pourrait être que dramatique si rien n’est fait. Pour cela, il importe que la formation initiale des enseignants soit sérieusement mise à jour et que les enseignants déjà en poste s’engagent dans une démarche de formation continue pour répondre adéquatement à cet appel de modernité.

 

Une rencontre fortuite lors d’une soirée de fondation

Vendredi soir d’automne, j’accompagne mon épouse à la soirée de la Fondation de son collège où elle est directrice. Rien d’exceptionnel, me direz-vous. J’y contribue depuis qu’elle y travaille, soit depuis maintenant dix ans. Souper bénéfice, encan silencieux et diverses formules de tirage agrémentent la soirée. Les fonds ainsi récoltés permettront de venir en aide à des familles qui vivent des revers de fortune, de faire vivre des camps de jour à des élèves handicapés ou de soutenir des projets pédagogiques particuliers. La formule est connue. Je l’ai moi-même appliquée dans une autre époque de ma vie.

Le rôle des fondations est à la fois ingrat et essentiel pour plusieurs écoles : privées comme publiques, ne vous méprenez pas. Le prosélytisme dont font preuve les membres de ces fondations n’a d’égal que la cause qu’ils défendent, les élèves qu’ils veulent aider ou, plus critique encore, l’école qu’ils veulent garder ouverte, malgré ses faibles moyens.

Le rôle essentiel de la communauté

Dans ces occasions, c’est toute la communauté qui est interpelée pour soutenir l’Éducation, avec un grand E. Marchands locaux, parents d’élèves, collègues de travail, institutions financières du quartier et anciens et anciennes sont appelés à contribuer. Le phénomène est encore récent pour nous, francophones, alors qu’il fait partie des mœurs de nos voisins anglophones. Je ne vous donnerai pas un cours d’histoire économique pour expliquer cette distinction fondamentale. Vous en connaissez les raisons.

Plusieurs élèves contribuent au succès de ces soirées par la démonstration de leurs talents, plus souvent qu’autrement artistiques. C’est l’occasion d’entendre des prestations musicales originales ou de voir des expositions tout aussi fraîches. Rarement s’attend-on à rencontrer une bande de « Geeks » informatiques.

Des élèves aux multiples compétences

Quelle ne fut pas ma surprise de tomber sous le charme d’une équipe de robotique et de son mentor et enseignant de science et de robotique, Sylvain Gauvreau. Six élèves m’ont raconté l’évolution de la robotique dans leur école; du temps qu’ils passent dans leur cours à travailler la programmation et surtout, surtout, du temps qu’ils mettent en-dehors de la classe par pur plaisir, pour relever des défis personnels ou d’équipe. Bref, j’ai côtoyé de la motivation à l’état brut pendant ces cinq minutes où chaque élève voulait me partager sa fierté.

Élèves champions de robotique

Élèves champions de robotique

 

Il y avait un mélange de sentiment d’appartenance envers le collège, de fierté d’avoir relevé des défis de taille et d’être récipiendaire de prix prestigieux sur les plans local, national et international. Je n’avais encore jamais vu le trophée de « l’inspiration en génie » décerné par la non moins célèbre NASA. Cet honneur récompense l’équipe qui a fait la meilleure promotion des sciences et de la technologie au sein de sa communauté et dans le monde. Rien de moins. Toute l’équipe s’est ainsi mérité automatiquement un accès au Championnat mondial de robotique à Saint-Louis, Missouri. Elle affrontera pour la cinquième fois les 400 meilleures équipes au monde.

Toutes mes félicitations aux six représentants de l’équipe de robotique du Collège Regina Assumpta à Montréal : Massimo Di Maulo, Joe Kamal, Samuel Continelli, Olivier Philippe Fils, Irène Ruse, Nardo Edward Jean-Gilles et leur enseignant Sylvain Gauvreau. Votre passion est contagieuse.

 

 

L’écriture collaborative comme stratégie d’apprentissage (CAMP TIC jour 3)

L’utilisation d’une plateforme d’écriture collaborative peut-elle aider à construire des connaissances et à développer des compétences ? Faut-il privilégier des moments pour amener les élèves à collaborer ? Quelle différence existe-t-il entre la collaboration et la coopération ? Voici de belles questions pour amorcer cette troisième journée de CAMP TIC de la FEEP.

C’est à Marie-Claude Gauthier, du Collège Jean-Eudes, qu’est revenu le rôle d’animatrice afin d’illustrer la richesse du travail collaboratif avec les élèves. Bien sûr, il a été question de planification et d’organisation de séquences d’enseignement pour amener les élèves à collaborer plutôt que de simplement coopérer. Vous avez compris ? Il a été question d’amener les élèves à s’investir dans une même tâche de manière concertée plutôt que chacun fasse sa part sans nécessairement établir les liens avec les autres.

Écriture collaborative Marie-Claude Gauthier

Écriture collaborative
Marie-Claude Gauthier

Pour y parvenir, il est bien évident que le recours aux plateformes d’écriture collaborative offre l’avantage de mettre rapidement les élèves en action et même en interaction avec les autres membres de leur équipe dans la réalisation de la tâche à accomplir. Certaines plateformes, telles EtherPad entre autres, permettent même de voir littéralement la contribution de chaque élève, car leur apport est identifié par une couleur distincte.

La pertinence des traces laissées par chacun des élèves à la réalisation d’une activité a certes ses avantages quand il est question de « contrôler » le juste apport de chacun. Or, au-delà de cette fonction régulatrice, l’appel aux plateformes d’écriture collaborative présente le grand avantage d’émettre des rétroactions. Ces rétroactions sont d’autant plus pertinentes, car elles peuvent se faire en temps réel en plus d’être individualisées tout au long du processus d’apprentissage.

Un moment charnière

Vous aurez compris que ce segment du CAMP TIC a constitué un moment charnière de réalisation pour les enseignant(e)s qui ont eu l’occasion de créer à leur tour une séquence d’enseignement en mode collaboratif. Le travail d’équipe et la confrontation des idées avec d’autres pairs ont certes fait partie des temps forts de la journée.

S’engager dans son développement professionnel et le leadership scolaire

Les enseignants sont repartis avec deux badges numériques émis par le CADRE21. Un premier badge de CAMP TIC 2016 a souligné la part d’engagement et de réflexion des enseignant(e)s dans leur développement professionnel. Le second badge d’écriture collaborative de niveau explorateur a été octroyé pour la part de recherche réalisée par les enseignant(e)s en vue de la réalisation de leur séquence d’enseignement. Un badge de niveau architecte est à la portée des enseignant(e)s qui feront preuve de leadership en poursuivant leur développement professionnel dans les mois qui viennent.

Si le leadership scolaire réside dans « la capacité d’amener les enseignants et les cadres scolaires à modifier leurs approches pédagogiques ou éducatives de façon volontaire et dans l’intérêt de l’élève », comme l’a affirmé Marc-André Girard, lors de son atelier sur le leadership ; alors les participant(e)s au CAMP TIC deviendront de bons agents de « contamination positive » pour leurs collègues à la rentrée.

Prêts pour la rentrée

Riches de trois journées de formation, les enseignant(e)s sont repartis avec une énergie renouvelée pour amorcer en force une nouvelle année scolaire dont les élèves devraient se souvenir.

Les questionnaires interactifs comme moyen d’apprentissage (CAMP TIC Jour 2)

L’école est réputée pour être le lieu où les élèves doivent répondre à tout plein de questions : elle en détient peut-être même le monopole. Le questionnement, c’est connu, fait partie des stratégies d’apprentissage pour vérifier le niveau d’acquisition de connaissances des élèves ou encore pour valider le degré de compréhension d’une séquence d’enseignement. Or, il est possible d’amener beaucoup plus loin cette stratégie pour la transformer en moyen d’apprentissage.

« Si je disposais d’une heure pour résoudre un problème et que ma vie en dépende, je consacrerais les 55 premières minutes à définir la question appropriée à poser, car une fois cela fait, je pourrais résoudre le problème en moins de cinq minutes. »

ALBERT EINSTEIN

Du questionnement à l’apprentissage

Les questionnaires interactifs lient à la fois la pédagogie active et la compréhension des apprentissages, car ils mettent les élèves en action en les invitant à participer ou à construire leurs propres questionnaires. Il existe plusieurs outils informatiques pour soutenir ces apprentissages, comme ont pu le constater les enseignant(e)s lors de cette deuxième journée de formation au CAMP TIC de la FEEP.

Divers outils ont été présentés aux enseignant(e)s tels que Socrative, GoFormative, Quizizz, Kahoot.it, EdPuzzle ou Google formulaire de ce monde. Bien évidemment, chacun de ces outils a ses caractéristiques, mais tous ont la même particularité de mettre les élèves en action.

À l’aide de ces outils, il peut être aussi simple de demander aux élèves du groupe de répondre en temps réel à des questions et d’afficher la distribution des réponses à l’écran. Cela permet d’offrir une rétroaction rapide et ciblée au groupe ou à certains élèves en particulier. Une belle occasion de faire de la différenciation pédagogique !

Ces outils permettent aussi aux élèves de rédiger leurs propres questionnaires tout comme aux enseignant(e)s de créer leurs formulaires personnalisés. L’intérêt pédagogique réside alors dans le degré de taxonomie auquel il est possible de recourir lors de l’élaboration de ces questionnaires. De la simple identification de concept à l’analyse comparative de documents entre eux : cela ne dépend que de l’intention pédagogique de l’enseignant(e).

Les enseignant(e)s des modèles d’apprenants

Rappelez-vous que les enseignant(e)s étaient partis avec un défi pédagogique à la fin de leur première journée. Ils devaient photographier un concept pédagogique à enseigner à partir d’un élément de leur environnement. La première tâche de cette deuxième journée a été d’illustrer ce concept à l’aide de l’application Thinglink. Les résultats ont été surprenants.

Les animateurs sont ravis du niveau d’engagement des enseignant(e)s qui ne se dément pas. Il ne fait aucun doute que le deuxième défi sera aussi bien relevé que le premier et que l’analyse réflexive à laquelle ils se livrent sera de la même mouture. Pour leur part, les enseignant(e)s ne voient assurément plus le questionnement de la même façon.

 CC0 Public Domain

CC0 Public Domain

 

 

 

 

La troisième et dernière journée du CAMP TIC de demain portera principalement sur l’écriture collaborative et permettra aux enseignant(e)s de s’investir dans la création de leur séquence. Une autre belle journée de développement professionnel en perspective.

Les intentions pédagogiques au cœur d’un CAMP TIC

C’est aujourd’hui, le 15 août, que s’est amorcée la 14e édition du CAMP TIC de la FEEP (Fédération des établissements d’enseignement privés). Ce camp qui se déroule maintenant depuis 15 ans suscite un engouement qui ne se dément pas au fil des années. Voici une belle tradition de développement professionnel et d’émulation, tant pour les enseignants que pour leurs écoles qui bénéficient des retombées.

Le but premier de ces trois journées de formation est d’accompagner les enseignant(e)s dans l’intégration pédagogique des technologies en classe de manière optimale. Vous l’aurez deviné : Pas question d’intégrer des technologies en classe pour le simple plaisir de les intégrer. Au cœur de leur démarche, les enseignant(e)s doivent indubitablement cerner les intentions pédagogiques qui sous-tendront leur enseignement. Alors, à ce moment-là seulement, un choix de technologie pourra surgir.

Activité brise-glace

Activité brise-glace à l’accueil

Le thème de ces trois jours est prometteur : Créer des séquences d’enseignement en mode collaboratif dans une optique de pédagogie active qui s’appuie sur le questionnement. La pédagogie active a servi d’entrée en matière pour cette première journée et l’exploration de logiciels et d’applications, sous la forme de speed dating, a permis de présenter un éventail d’outils technologiques pour répondre aux divers besoins des participant(e)s.

Comment rendre les élèves actifs dans leurs apprentissages ? Comment optimiser ces apprentissages à l’aide de la technologie ? Questionner les pratiques pédagogiques et évaluatives, afin d’améliorer sa pratique professionnelle : voilà une première journée bien remplie.

Les animatrices et animateurs, Marie-Claude Gauthier, Kathleen Godard, Jacques Cool, Claude Frenette et Marc-André Girard ont fini la journée en soumettant un défi technologique aux participant(e)s : défi qui servira d’amorce pour la deuxième journée. C’est à suivre.

ISTE 2016 – La force des Keynotes

Participer au congrès de ISTE (International Society for Technology in Education) , c’est une occasion unique sur le plan professionnel. C’est l’occasion d’assister à des ateliers sur les courants forts en éducation, de découvrir des outils numériques innovants et aussi d’assister aux grandes conférences, appelées keynotes. Ces conférences donnent souvent lieu à des rencontres, à des chocs cognitifs forts, qui nous permettent de cheminer et d’avancer dans notre engagement pédagogique.

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Dans ce billet, je vous présenterai dans l’ordre les trois keynotes de ISTE 2016 animés par les conférenciers suivants : le Dr Michio Kaku, Professeures Ruha Benjamin et Michelle Cordy. Sans se concerter, ces trois conférenciers ont interpellé le milieu de l’Éducation, comme moteur de changement… pourvu que l’École accepte de briser le modèle actuel.

Dr Michio Kaku

Le Dr Kaku est physicien de profession, futurologue et conférencier de passion. Le titre de sa conférence Redifining Learning in a Technology-Driven World (Redéfinir le monde dans un univers axé sur la technologie) annonçait clairement l’orientation de son propos. Il affirme d’entrée de jeu qu’Internet, tout comme l’électricité autrefois, finira par être invisible et par faire partie naturellement de notre vie… et que ce jour n’est pas si loin.

Michio_Kaku_Presentation

Dr Michio Kaku @wikipedia

Cela exigera une redéfinition de la profession enseignante (cela fait un bout que nous l’entendons, mais l’urgence se manifeste de plus en plus). Bien sûr, finie la mémorisation au profit de l’enseignement de concepts et de principes, nous dit le Dr Kaku. Il faut préparer les élèves pour le monde dans lequel ils vivront, c.-à-d. un monde hyperconnecté où la création et l’imagination seront les compétences recherchées pour résoudre les problèmes auxquels les élèves seront confrontés demain. Rupture.

Si Napster a révolutionné le marché de la musique il y a quelques années, ce sera au tour des sciences et de la médecine à démocratiser l’univers dans lequel nous vivons. Des vêtements intelligents aux prothèses 3D jusqu’aux pilules numériques, nous n’avons pas fini de voir notre monde se métamorphoser. Il est possible d’entendre plusieurs des conférences du Dr Kaku YouTube.

Professeure Ruha Benjamin

La professeure Ruha Benjamin s’intéresse particulièrement aux relations entre l’innovation et l’équité, la science et la citoyenneté et la santé et la justice. Il n’est donc pas surprenant qu’elle demande à ses étudiants, comme aux enseignants dans les écoles, de questionner les vérités de ce monde, les acquis qui nous entourent. C’est ainsi, qu’elle nous révèle comment les algorithmes que nous questionnons sur les différents moteurs de recherche sont truffés de stéréotypes, de ségrégation, voire de racisme. Essayez de taper sur Google 3 adolescentes blanches VS 3 adolescents noirs : le contraste est frappant, choquant. Elle incite même les éducateurs à enseigner le code à leurs élèves pour « hacker » ni plus ni moins Internet. C’est par cette approche que  les systèmes numériques deviendront meilleurs et plus humains.

Professeure Ruha Benjamin @vimeo

Professeure Ruha Benjamin
@vimeo

Elle implore donc l’École à former les élèves à se questionner en profondeur au lieu de chercher à former de bons citoyens qui réussissent leur vie en répétant ce que nous attendons d’eux. Rupture. Elle donne en exemple le fait que nous pouvons détecter des cellules cancéreuses avec des IRM ou reproduire des cellules du cœur en laboratoire. Pourquoi ne pourrions-nous pas aussi détecter et enseigner l’empathie pour mieux aider les patients. Elle appelle une École où le questionnement prime et où les relations humaines l’emportent sur les lieux communs. Son Ted Talk de Baltimore vous donnera une bonne idée.

Michelle Cordy

La conférence de clôture présentée par Michelle Cordy, enseignante et chercheure en éducation en Ontario, s’intitulait Show up and refuse to leave (Montrez-vous et refusez de partir). Il ne faudra pas s’étonner avec un tel titre qu’elle appelle les enseignants à faire les choses autrement en classe. Elle reconnaît que les programmes et les évaluations sont des incontournables, mais qu’il faut aussi s’en extirper pour s’aménager de l’espace et du temps pour réaliser des projets significatifs et engageants pour les élèves. Rupture.

Michelle Cordy

Michelle Cordy

Elle met les enseignants en garde contre l’isolement professionnel et insiste sur l’importance de créer des réseaux pour s’alimenter et aussi alimenter les autres (connected educator). Elle parle de prendre soin de soi pour être en mesure de prendre soin des autres à son tour (stewardship). Elle insiste sur le sens de la tâche, son processus, sa finalité et sa diffusion (expand the network) pour contribuer à l’engagement des élèves (engage and empower). Pour cela, il faut accepter de vivre des ruptures et de défendre ses idées (même si la nuit venue, on peut douter). C’est à ce prix que les changements arriveront, nous dit-elle.  Pas étonnant que sa page d’accueil s’ouvre sur la phrase suivante: Je suis en mission pour enseigner différemment.

Hack the Classroom - Michelle Cordy

Hack the Classroom – Michelle Cordy

Marie-André Ouimet @maotechno en a fait un superbe croquinotes de la conférence de Michelle Cordy.

michelle-cordy-croquinotes Marie-Andréee Ouimet @maotechno

michelle-cordy-croquinotes @maotechno

Des sources d’inspiration

Prenez le temps de visionner les documents inscrits dans ce billet, vous comprendrez alors sûrement mieux l’impact que ces conférenciers peuvent insuffler sur le monde de l’éducation. Le défi après tout cela demeure le même : oser marquer des ruptures pour donner à nos élèves l’École à laquelle ils ont droit.

Mieux comprendre le cerveau pour aider les élèves à besoins particuliers

L’Institut des troubles d’apprentissage a tenu un symposium le 6 avril dernier portant sur les neurosciences éducationnelles : Cognition, cerveau et trouble d’apprentissage. Des experts d’Europe et du Canada sont venus présenter leurs travaux dans le cadre du 41e congrès de l’Institut TA. Il reste encore beaucoup de recherche à effectuer pour comprendre les mécanismes complexes du cerveau humain. Survol sur deux présentations coup de cœur.

Les limites des neurosciences

La matinée s’est ouverte sur la conférence de la professeure Nienke Van Atteveldt de l’Université d’Amsterdam. Un peu à la manière de Steve Masson, de l’UQAM, la professeure Van Atteveldt s’en est prise au neuromythes qu’il importe de déboulonner pour mieux comprendre ce que sont les neurosciences.

D’entrée de jeu, elle a spécifié qu’il était impossible de déceler les élèves à troubles d’apprentissage à l’aide de la technique de l’imagerie par résonance magnétique, appelée IRM. L’imagerie par résonance magnétique est un examen médical qui utilise un champ magnétique et des radiofréquences qui permettent de générer des images très précises, en 2D ou en 3D, des parties du corps et organes internes tels que le cerveau[i]. La lecture obtenue permet d’identifier les variations de niveau d’oxygène dans les vaisseaux sanguins du cerveau, sans pour autant expliquer ce qui se passe dans cette région neuronale. De là tout le défi des neurosciences.

IRM du cerveau

Des mythes persistants

La professeure Van Atteveldt s’en est prise à la croyance très répandue voulant que le cerveau cesse d’évoluer au-delà de l’âge de 25 ans. Or, la plasticité du cerveau se maintient, et ce, peu importe l’âge, pourvu qu’il soit stimulé, précise-t-elle. Il en est de même pour la différence des cerveaux des hommes et des femmes qui s’avèrent fort marginale. Les tenants du brain gym seront aussi déçus d’apprendre qu’une faible consommation d’eau ne fait pas rétrécir le cerveau, conclut-elle.

Bien que les neurosciences connaissent une popularité grandissante, la professeure précise que les techniques de l’IRM sont encore bien limitées. Elles permettent pour l’instant d’identifier les zones du cerveau qui réagissent lorsque nous levons un doigt ou nous nous rappelons un souvenir. Il reste encore beaucoup de recherche à faire pour isoler les mécanismes en place lors de la réalisation de tâches complexes.

Comment apprend-on que 1 + 1 = 2 ?

La question semble simple de prime abord, mais elle soulève l’essence même de la présentation de Jérôme Prado de l’Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod de Lyon : à savoir qu’est-ce que la dyscalculie ? S’agit-il d’une difficulté d’apprentissage associée aux mathématiques ou aux troubles du langage ? Et en quoi les neurosciences peuvent-elles contribuer à démystifier cette problématique ? Il faut savoir que plusieurs associent les troubles d’apprentissage en mathématique à des manifestations de la dyslexie.

http://www.google.ca/url?sa=i&rct=j&q=&esrc=s&source=images&cd=&cad=rja&uact=8&ved=&url=http%3A%2F%2Fwww.mpmschoolsupplies.com%2Fp-35669-learning-magnets-numbers-math-signs.aspx&psig=AFQjCNGBA3--UJyA7uUrJeXPJKvcTDcT4w&ust=1460410192062046

Opérateurs mathématiques                                                

Pour bien circonscrire sa problématique, le professeur Prado a d’abord soumis ses élèves à des questions qui relèvent des habiletés langagières pour délimiter les régions phonologiques du langage. Par la suite, il leur a présenté des tâches purement mathématiques à l’aide des opérateurs plus, moins et fois.

Des opérations et des zones distinctes

L’imagerie par résonance magnétique (IRM) permet d’identifier les zones du cerveau qui sont sollicitées lorsque nous effectuons des tâches. Or, elle a révélé que les opérations de base comme l’addition et la soustraction mettent immédiatement le cerveau en action dans une zone définie du cerveau. Cela n’est pas le cas lorsque l’élève est soumis à des multiplications.

Les travaux du professeur Prado révèlent que ce ne sont pas les régions phonologiques du langage qui sont sollicitées lorsque les élèves sont soumis à des tâches purement mathématiques. Son hypothèse de travail s’appuie maintenant sur la difficulté des élèves à récupérer en mémoire la séquence des nombres : appelée la ligne numérique. La dyscalculie pourrait donc être associée à un déficit d’automation et non aux fonctions du langage.

Des années de recherche à venir

Pour l‘heure, les travaux en neurosciences ne peuvent être directement transférés en classe pour venir en aide aux élèves à besoins particuliers. Il est possible de lire l’activité cérébrale, mais comment comprendre les interactions entre les différentes zones du cerveau demeure un défi pour les chercheurs.

 

 

 

[i] IRM-Québec, http://irmquebec.com/lirm/quest-ce-quune-irm/