Le CADRE21 : un nouvel agent de changement

C’est à peine revenue du Colloque de Clair 2016, au Nouveau-Brunswick, que l’équipe du CADRE 21 s’est affairée à accueillir les visiteurs lors de l’opération Portes ouvertes qui se déroulait dans ses locaux du boulevard Henri-Bourassa Est à Montréal, du 1er au 4 février dernier. L’événement a suscité beaucoup de curiosité pour ce nouveau joueur du monde de l’éducation. Au moment où la plupart des états appliquent des régimes minceurs à leurs systèmes éducatifs, l’offre du CADRE21 arrive comme une bouffée de fraîcheur, afin de stimuler l’engagement et le développement professionnel des enseignantes et enseignants de la francophonie.

Inauguration du CADRE21

Jacques Cool, coordonnateur du CADRE21 et moi-même, coordonnateur au développement pédagogique, avons sillonné le Québec et le Canada l’automne dernier, afin de préparer la venue du Centre d’Animation, de Développement et de Recherche en Éducation pour le 21e siècle www.cadre21.org à une quinzaine de groupes distincts. Nous avons procédé à l’inauguration officielle des lieux et de son site Web le jeudi 21 janvier dernier en compagnie d’acteurs de l’éducation, actuels et des premières heures, d’enseignants, de chercheurs, d’hommes et de femmes politiques, de gens des médias, d’administrateurs et bien évidemment d’élèves; puisque c’est pour eux que nous cherchons constamment à améliorer la pratique des professionnels de l’Éducation. Un robot de téléprésence a permis à Sylvie Blain, professeur de didactique du français à l’Université de Moncton au Nouveau-Brunswick et à Christophe Batier, directeur technique du service Icap à l’Université de Lyon 1 de participer à l’inauguration et de s’entretenir avec les invités sur place, et ce, malgré la distance.

Jacques Cool et Jarvis

Jacques Cool et le robot de téléprésence Jarvis

Le CADRE21 : un lieu

Les portes ouvertes ont permis d’accueillir une centaine de visiteurs dans les locaux du CADRE21 entre le 1er et le 4 février. Des enseignants, des directions d’établissements, des conseillers pédagogiques, des chercheurs, des représentants syndicaux et du monde des affaires ont tour à tour franchi les portes pour découvrir ce nouvel environnement. Au-delà de sa salle de conférence multifonctionnelle et de son robot de téléprésence, prénommé Jarvis (en référence à l’ordinateur central de Marvel) le centre offre des salles de création et de production tout à fait innovantes et inspirantes, aux dires des visiteurs. Cela c’est sans parler d’un coin lounge propice aux échanges informels. Les salles entièrement numériques s’appuient sur un système de domotique permettant de créer des lieux interactifs de travail ou encore des atmosphères où les sons et les éclairages s’adaptent en fonction des besoins de l’animation ou de l’activité en cours.

Salle de conférence

Salle de conférence multifonctionnelle

Le CADRE21 : un site en trois axes

Les visiteurs ont pu être mis en contact avec les trois grands axes du site du CADRE21 qui s’articulent autour de l’animation, du développement et de la recherche. Bien évidemment, les animations diffusées à partir du CADRE21 auront pour thématique l’Éducation, mais dans toutes ses dimensions c.-à-d. tant micro que macro. Cela pourra donner lieu à la tenue de Soupers pédagogiques presque parfaits, avec des problématiques reliées davantage à la réalité quotidienne de l’École. Ce sera aussi l’occasion de questionner les grands enjeux mondiaux de l’Éducation à travers les rôles et les fonctions de l’École relativement aux exigences de la profession enseignante au 21e siècle telles que définies par l’UNESCO ou Partnership for 21st century learning, par exemple.

Le volet développement constitue à coup sûr l’axe majeur sur lequel le CADRE21 s’est investi. Le développement professionnel s’inscrit clairement dans une offre de formation continue pour les enseignants et les professionnels de l’éducation. Cette offre de développement professionnel s’appuie sur une approche d’accompagnement : accompagnement par les pairs et par la communauté d’apprentissage qui se développe à chacun des niveaux d’apprentissage. Le tout soutenu par un système de badges numériques dont les données cryptées témoignent des réalisations de chacun. Ainsi, les professionnels sont invités à identifier leurs besoins de formation en fonction de trois familles de compétences : à savoir, l’intégration des TIC, la gestion de classe et les stratégies pédagogiques.

Familles de badges

Familles de badges

Une fois inscrits, les enseignants ont accès à de la documentation préalablement sélectionnée pour sa pertinence, par des experts de contenu. Ce corpus permet donc aux apprenants d’explorer et de cheminer en ayant accès à une foule de données, de témoignages d’experts ou de collègues. Finalement, une fois le parcours terminé, l’apprenant est en mesure de procéder à la demande de son badge. Libre à lui de s’inscrire dans un autre par la suite. À la différence d’un MOOC ou de formations plus traditionnelles, le parcours de formation proposé par le CADRE21 ne requiert aucune présence ni suivi d’un horaire commun. Les contraintes de lieux et de temps qui sont les principaux obstacles à la formation continue viennent de s’effacer avec cette offre du CADRE21.

Parcours de formation

Parcours de formation

La dimension recherche s’appuie sur la collaboration avec des organismes bien reconnus dans le monde de l’éducation. Il suffit de penser aux Thot Cursus, Carrefour Éducation, CTREQ ou Canopé de ce monde pour s’en convaincre. «  Le but escompté n‘est pas de créer un autre silo en marge de ce qui existe déjà en éducation », nous rappelle Jacques Cool. Au contraire, le CADRE21 veut regrouper en son sein, les meilleures références sur les diverses thématiques liées à l’éducation sans que les visiteurs n’aient à cheminer à travers différents sites. Le volet recherche offrira un lieu de partage des meilleures pratiques, le tout sous une même enseigne. Le CADRE21 envisage même de s’associer avec des maîtrisants ou des doctorants, afin de leur offrir un espace de collaboration et de vulgarisation de leurs travaux de recherche. Une forme de pont entre la recherche et la pratique, quoi!

Un bel avenir pour la profession enseignante

La particularité du CADRE21 se manifeste par son ouverture à l’ensemble des acteurs du monde de l’éducation dans l’ensemble de la francophonie et par son offre de formation qui laisse l’apprenant libre d’entreprendre à son rythme une démarche de formation continue. À l’heure où la profession enseignante doit s’actualiser de plus en plus pour répondre aux besoins pressants de cette école du 21e siècle, le CADRE21, se présente comme un agent de changement incontournable.

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Sommet pancanadien sur la profession enseignante

Les 29 et 30 mars derniers se tenait le 5e Sommet international sur la profession enseignante à Banff en Alberta. La veille, le 28 mars, était consacrée au Sommet pancanadien sur la profession enseignante qui réunissait, entre autres, le Conseil des ministres de l’Éducation du Canada (CMEC). Le Ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur, de la Science et de la Recherche (MEESR) a invité divers acteurs du monde de l’éducation, dont la FÉEP, à prendre part à cet événement d’envergure.  Comment s’y soustraire?

Le Sommet pancanadien a donné lieu à quatre grandes séances pour explorer les questions suivantes : Comment favoriser l’innovation au service de l’apprentissage? Comment favoriser la responsabilisation collective pour l’amélioration constante de l’enseignement et de l’apprentissage? Quels changements cruciaux apporter pour permettre une éducation pertinente et équitable pour les Autochtones? Comment promouvoir l’équité pour tous les apprenants?

Ces séances nous ont permis d’entendre l’état de la situation au Canada grâce à la collaboration d’Andreas Schleicher de l’OCDE, Michael Fullan de l’Université de Toronto, Julie Desjardins vice-doyenne de l’Université de Sherbrooke, Darren McKee des Conseils scolaires de la Saskatchewan et Avis Glaze d’Edu-quest international et anciennement du ministère de l’Éducation de l’Ontario.

Andreas Schleicher a tout d’abord dressé le tableau de la profession enseignante dans les pays de l’OCDE.  L’enquête TALIS (enquête internationale sur l’enseignement et l’apprentissage de l’OCDE) révèle qu’il y a un grand décalage entre ce que les enseignants savent qu’ils doivent faire et ce qu’ils font véritablement en classe.  Ainsi, les trois quarts des enseignants qui ont participé à l’étude disent ne pas avoir le temps de se perfectionner, alors que ceux qui se perfectionnent constatent de façon unanime les effets positifs sur les apprentissages.

Comment favoriser l’innovation au service de l’apprentissage?

Les facteurs observés qui ont entrainé des changements positifs pour la profession enseignante et les apprentissages s’appuient de façon générale sur des approches collaboratives.  Les systèmes d’éducation qui ont amené leurs enseignants à faire du travail collaboratif, à partager leurs meilleures pratiques pédagogiques et à s’observer mutuellement en classe se sont non seulement améliorés, mais cela a entrainé une hausse de l’engagement et de la motivation du personnel enseignant.

Trois grands facteurs ressortent afin de favoriser les innovations et ainsi créer un impact sur l’apprentissage des élèves. Il importe tout d’abord d’assurer une formation initiale de qualité aux futurs enseignants qui sauront s’inscrire dans une démarche de formation continue tout au long de leur vie (longlife learning).  L’importance de créer des liens entre la recherche et la pratique a été réaffirmée  comme facteur stimulant les innovations. Enfin, le leadership enseignant doit non seulement être reconnu, mais il se doit d’être encouragé pour favoriser l’innovation et espérer des changements durables des pratiques.

Comment favoriser la responsabilisation collective pour l’amélioration constante de l’enseignement et de l’apprentissage?

Julie Desjardins de l’Université de Sherbrooke fait appel aux croyances et aux valeurs pour faire évoluer les pratiques et espérer que celles-ci s’inscrivent dans le temps.  Pour cela, il faut que les enseignants sentent que l’innovation peut venir d’eux, qu’ils doivent travailler ensemble et que le changement fait partie de leurs responsabilités.  Michael Fullan de l’Université de Toronto endosse aussi la notion de valeurs et de culture qui doivent se refléter, selon lui, dans une identité professionnelle qui s’appuierait sur un référentiel de compétences commun pour guider les enseignants dans leur rôle.  Il note au passage la surcharge administrative qui empêche le leadership pédagogique des enseignants. Il souhaite aussi que les enseignants, tout comme les élèves, soient des apprenants connectés pendant et au-delà des heures de classe.  Pour ce faire, il faut que l’école, l’élève et la maison soient branchées et ouvertes sur la communauté.  Il note qu’il importe de ne pas tout changer, mais de reconnaître les bonnes pratiques des enseignants pour ainsi leur permettre d’influencer  ce qu’il faut améliorer et ultimement de gagner leur adhésion.  Il termine en souhaitant voir naître une culture qui valoriserait le succès et le développement et où les enseignants pourraient collaborer grâce à un système de mentorat qui pourrait susciter ce fameux changement de culture.

Quels changements cruciaux apporter pour permettre une éducation pertinente et équitable pour les Autochtones?

L’éducation n’est pas desservie de la même manière auprès des Autochtones du Canada. Leur situation scolaire n’est pas la même au Québec (qui est de juridiction provinciale) que dans le reste du pays qui dépend encore des lois fédérales du début des années 60. Darren McKee de la Saskatchewan espère qu’un lien de confiance se développe dans les relations avec le fédéral et les communautés, que la réalité culturelle des Autochtones soit reconnue dans les curriculums et que les structures scolaires s’implantent dans les communautés au lieu de forcer les élèves à l’exil.

Comment promouvoir l’équité pour tous les apprenants?

Pour promouvoir l’équité pour tous les apprenants, Avis Glaze donne en exemple le modèle ontarien qui oblige les élèves à fréquenter l’école jusqu’à l’âge de 18 ans.  Ce facteur n’est pas suffisant à lui seul pour justifier l’augmentation du taux de diplomation de 15% en 10 ans. D’importants travaux en littératie et en numératie ont servi à revoir le curriculum et le temps d’enseignement de certaines matières,  l’importance des relations avec les élèves est (re)devenue une priorité et chaque élève est inscrit dans un plan de formation dans lequel il s’engage. Bref, le gouvernement ontarien a décidé d’identifier les lacunes, de mesurer la situation et l’impact des changements apportés avant de déployer les solutions qui ont fait que les apprenants réussissent mieux qu’il y a dix ans.

Cette première journée du Sommet sur la profession enseignante a permis de mettre la table et de faire le tour d’une certaine réalité canadienne qui nous échappe souvent en raison de la légitimité provinciale de nos ministères respectifs. Les deux jours suivants du Sommet international élargiront la perspective sur la profession enseignante en 2015.