Les neurosciences au-delà des mythes

L’Association canadienne d’éducation www.cea-ace.ca a tenu les 4 et 5 novembre dernier un symposium sur les neurosciences au Centre des Congrès de Québec. Malgré l’avis de certains chercheurs, trop peu sceptiques, qui trouvent cette « science » encore mal définie pour en faire un tel événement, l’ACE a tenu bon. Nous avons eu droit à trois exposés et pistes pratiques sous le thème de La persévérance scolaire – Ce que la neuroscience peut nous enseigner. Un riche symposium!

L’événement s’est ouvert avec la présentation, au titre très évocateur, La meilleure méthode d’apprentissage des mathématiques pour les enfants du Dr Daniel Ansari, (@NumCog) de la Chaire de recherche du Canada en neurosciences cognitives du développement et professeur au Western University de London, Ontario.

Il y a été notamment question du sens de quantité précurseur du sens des nombres chez les enfants. Ils en seraient dotés dès l’âge de 6 ou 9 mois; tout comme plusieurs animaux de l’espèce d’ailleurs. Ce sens de quantité qui s’appuie sur une connaissance non-symbolique des nombres ouvrirait la voie à la compréhension symbolique des mathématiques. Autrement dit, trois objets quelconques sont une représentation non-symbolique essentielle à la compréhension du chiffre trois (symbolique).

symbolique-non-symbolique

©Daniel Ansari

Dr Ansari a aussi révélé que l’activation du cerveau chez l’enfant lors de calculs à un chiffre serait en mesure de prédire ses compétences en mathématique une fois rendu au secondaire.

Abattre les neuromythes et comprendre l’apport des neurosciences

La palme du symposium revient sûrement au Dr Steve Masson (@SteveMasson), professeur à l’UQAM et directeur du laboratoire de recherche en neuroéducation (LRN).

Après avoir déboulonné quelques mythes en science de l’éducation (neuromythes), le chercheur nous propose des approches efficaces pour aider les élèves à mieux réussir à l’école.

D’entrée de jeu, il nous propose de faire le ménage dans certaines croyances pédagogiques. Dehors les approches qui n’ont pas de fondements scientifiques pour le Dr Masson! Ainsi, les styles d’apprentissage de Gardner, ne trouvent pas d’écho chez Masson, pas plus que les théories axées sur la prédominance d’un hémisphère du cerveau ou encore la « braingym ». Aucune de ces approches n’a réussi à répondre à la démonstration scientifique des neurosciences.

Or, cette science a réussi à démontrer que l’élasticité du cerveau n’est pas l’apanage de l’enfance et que les connexions neuronales continuent à se multiplier dès l’instant que nous sommes en situation d’apprentissage. Comment maintenant réussir à optimiser nos apprentissages?

Steve Masson invoque l’influence prépondérante de la récupération de mémoire, afin de mobiliser les savoirs et ainsi améliorer les apprentissages. Outre cela, il invoque l’importance de morceler les apprentissages, afin d’optimiser leur acquisition. Ainsi, espacer les périodes d’apprentissage en courtes séquences en classe ou au moment d’étudier présente les gains les plus solides lors de l’observation des résultats d’analyse en laboratoire.

Espacement de temps

©Steve Masson

Bougez pour faire respirer votre cerveau

Les bienfaits de l’activité physique sur notre condition générale ne sont plus à démontrer. Qu’en est-il pour l’acquisition des connaissances? C’est la démonstration à laquelle se sont livrés Dre Lindsay Thornton, du Comité olympique américain, Alex Thornton, docteur en leadership pédagogique et Chris Gilbert, neuropsychologue informatique à l’Université de McMaster.

Si l’exercice ne rend pas plus intelligent, il prédispose à mieux apprendre, avons-nous entendu d’entrée de jeu. Comment cela s’opère-t-il? Par la simple oxygénation neuronale qui suit toute activité physique de moyenne à forte intensité. Le surentrainement est évidemment contre-indiqué.

Les bénéfices liés à l’activité physique se traduisent par une attention accrue, une chaîne d’opérations améliorée (traitement, mémorisation et récupération de l’information), une humeur et une motivation accrues. Si cette activité physique doit précéder les apprentissages, il serait peut-être pertinent de réviser certaines pratiques pédagogiques pour aider nos élèves.

La jeunesse des neurosciences explique facilement que 90% des connaissances dans ce domaine se sont faites au cours des 15 dernières années. Or, l’audace de tenir un symposium sur une si jeune science prouve bien le leadership de l’ACE.

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L’identité précède le développement professionnel

Septembre revient et comme un bon étudiant, je reprends la plume. C’est naturel et viscéral à la fois ce besoin d’écrire : d’écrire plus longuement que dans une infolettre ou sur les médias sociaux. Il y a le plaisir de coucher par écrit, par le détail, les pensées tantôt effleurées ou tout simplement relayées faute d’espace dans la journée. Heureusement, il y a le soir quand le quartier se calme et que la réflexion se déploie.

En marge des querelles de restrictions budgétaires et de la place de l’éducation comme valeur fondamentale de notre société, nous sommes en droit de nous questionner sur la mutation du rôle des enseignants. Nous les souhaitons tous aptes à former ces élèves qui évolueront dans cette société du 21e siècle. Peut-on encore prétendre que la formation initiale répond aux défis que ces enseignants rencontrent au quotidien?

Un retour sur quelques ateliers sur le développement professionnel auxquels j’ai assistés lors du congrès d’ISTE 2015 en juillet dernier alimentera mes réflexions pour les articles à venir.

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Crise de l’identité professionnelle

Les réformes de par le monde partagent une vision sensiblement commune du rôle de l’enseignant qui ne peut plus être celui d’un transmetteur de connaissances. Il suffit de « googler » certaines questions d’examen s’il faut encore s’en convaincre et comprendre que les élèves font leurs apprentissages dans plusieurs lieux autres qu’à l’école.

Les termes de guide et d’accompagnateur expert sont souvent utilisés pour désigner ce nouvel enseignant. Pour sa part, le chercheur et essayiste américain, Will Richardson, affirme qu’ils doivent devenir des leaders pédagogiques, afin de répondre aux nouvelles exigences de formation et d’apprentissage, à défaut de voir disparaître l’école. Hé, quelqu’un quelque part a-t-il cru bon d’aviser les enseignants de ce changement d’identité professionnelle?

Cette identité correspond à la définition du rôle du professionnel dans l’exercice de sa fonction. Or, dans le cas présent, cela renvoie au rôle de l’enseignant dans la société, à son utilité. Out, celui qui transmettait son savoir ! Bienvenue aux leaders pédagogiques.

Will Richardson reconnaît huit qualités (attributes) à ces enseignants modernes. [traduction libre]

  1. Ils sont branchés et engagés dans les réseaux sociaux;
  2.  Ils sont professionnellement responsables avec (et sans) la technologie;
  3.  Ils sont innovateurs et soutiennent l’innovation en classe;
  4. Ils sont des modèles d’apprenants en ligne et hors ligne;
  5. Ils voient leur programme en fonction de stratégies et non comme une finalité;
  6. Ils partagent une vision «en constante évolution» pour l’enseignement et l’apprentissage dans    leurs écoles, avec (ou sans) la technologie;
  7. Ils se sont capables de contextualiser les apprentissages dans un environnement moderne;
  8. Ils savent que l’apprentissage c’est du travail.

Savoir accompagner

Nous savons tous que l’École est en pleine transformation : les enseignants les premiers. Ce n’est plus l’heure de se demander si elle doit ou non évoluer. Aussi, les besoins d’actualisation de la profession enseignante ne laissent plus de doute et doivent s’inscrire dans le temps. Pour cela, il faut soutenir les enseignants à vivre ces changements, il faut les accompagner et écouter leurs besoins de développement professionnel, afin d’améliorer leurs relations avec les élèves et la qualité des apprentissages réalisés en classe et hors classe.

Enfin, selon l’OCDE, la qualité des enseignants est le premier levier d’amélioration de l’efficacité des systèmes d’éducation. Ajoutons à cela un leadership pédagogique fort dans chacune de nos écoles et nous pourrons voir les traces tangibles de cette école du 21e siècle, ici, au Québec.