Pourquoi je suis retourné à CLAIR cette année ?

Le colloque Clair 2018 vient de clore sa 9e édition et son directeur Roberto Gauvin peut fièrement dire « mission accomplie ». Pour mon compte, j’en suis à ma 5e participation consécutive et vous seriez bien en droit de vous demander pourquoi je suis retourné à Clair cette année ?

 

Je pourrais vous invoquer les conférenciers de choix : Margarida Romero, Thierry Karsenti, Pierre-Yves Rochat ou encore Marius Bourgeoys. Je pourrais enchaîner avec la qualité des participants à la session « Ignite » qui s’est ouverte avec le robot humanoïde Nao qui nous a expliqué la pertinence de programmer à l’école jusqu’à Simon Lavallée qui nous a proposé des solutions pour amener les élèves à s’entreprendre dans leurs apprentissages.

 

J’aurais pu vous remémorer la qualité des présentateurs de pratiques gagnantes ou encore la qualité de la Foire pédagogique qui ne cesse de croître d’année en année. Ce serait encore insuffisant, car il manquerait tout le volet musico-émotif où les élèves interprètent des pièces musicales et nous charment par leurs voix au moment d’interpréter des chansons. Comment passer sous silence la performance de Bradley au moment d’interpréter Qui a le droit ? de Patrick Bruel ?

 

Clair, c’est aussi une série de nouvelles expériences et de nouvelles rencontres. Il y avait quand même le tiers des participants qui en étaient à leur première expérience. Quel bonheur de retrouver des anciennes collègues qui ont osé présenter leurs nouvelles pratiques pédagogiques ou encore de rencontrer « pour vrai » de nouvelles relations Twitter. Enfin, la chance d’animer un « bar camp » sur la formation continue avec des pédagogues de l’Ontario, du Québec et du Nouveau-Brunswick fait aussi partie de l’énergie que j’aime tant retrouver à Clair.

Clair n’est surtout pas une « secte » de convertis: c’est une rencontre de gens passionnés à vouloir « faire les choses autrement » pour améliorer l’éducation que nos élèves reçoivent.

Un bon credo

 

Il y a longtemps que Clair est devenu un évènement incontournable en éducation. Ce n’est pas pour rien que Roberto et le Centre d’apprentissage du Haut-Madawaska (CAHM) ont reçu 2 prestigieux prix : le prix international Paul Gérin-Lajoie et le prix QUASAR des écoles entrepreneuriales.

 

Cinq ans plus tard, je reviens de Clair avec le sentiment d’avoir mis mes 2 doigts sur les pôles d’une batterie pendant 3 jours : complètement rechargé.

 

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Changer une culture demande du temps

« Les bœufs sont lents, mais la terre est patiente » (proverbe cambodgien)

 

S’il est un domaine où la valorisation professionnelle  fait défaut, c’est bien celui de l’enseignement. Les moments plus officiels pour souligner  l’engagement exceptionnel  des enseignants auprès de leurs élèves, dans l’élaboration de projets particuliers ou dans des démarches de développement professionnel sont plutôt rares. Pourtant, lorsqu’ils arrivent ces moments, ils peuvent engendrer de la gêne et de l’inconfort, comme l’a souligné Marc-André Girard, dans son récent  billet intitulé Le gala des profs qui dérangent.

Cette difficile valorisation de la profession serait-elle liée à une question de culture du milieu ?  Quand on sait que le degré de confiance des Canadiens à l’égard des enseignants n’a cessé de croître depuis les années 90, il y a tout lieu de s’interroger.  La firme Léger Marketing révélait  au début des années 2000 que la population avait confiance aux enseignants dans une proportion de 88%; à un point d’écart seulement sous les médecins [1].  Il y a tout lieu de s’interroger.

@Léger Marketing

@Léger Marketing

L’innovation n’est pas donnée au premier venu

Qui sont les candidats à se présenter aux portes des universités en éducation? Pour la très vaste majorité, il s’agirait de jeunes qui ont aimé l’école, le milieu dans lequel ils ont évolué et ont appris et qu’ils souhaitent recréer.  Ce n’est pas moi qui le dis, mais bien Maurice Tardif, de l’Université de Montréal, dans son étude sur la profession intitulée La condition enseignante au Québec du XIXe au XXIe siècle

« Je reproduis bien ce que je connais bien », semble être le credo de ces jeunes universitaires.  Et puis, il y a les autres (dont je suis) qui sont arrivés à l’enseignement par défi ou par conviction, en se disant qu’il était possible de faire les choses autrement.  J’avoue que mon passage au secondaire a été d’une grande tristesse, n’eût été de la rencontre avec  2 ou 3 enseignant(e)s qui m’ont rejoint (lire cru en moi ou soupçonné mon potentiel qui était en grande dormance). Oui, j’ai joué le jeu de l’école qu’on me demandait dans les années 70.  Le phénomène n’est pas propre au XXIe siècle.

La formation initiale en éducation a longtemps pu fonctionner dans un Québec qui avait tout à construire. Relisez les Insolences du frère Untel pour vous en convaincre.  Nous arrivons de loin!  Mgr Parent et ses acolytes ont réalisé un travail titanesque en nous dotant d’un ministère de l’Éducation et d’un Conseil supérieur de l’Éducation. Merci! En bref, les recommandations du Rapport Parent ont fait passer le système d’éducation du Québec du Moyen-Âge au XXe siècle. Nous ne saluerons jamais assez le courage et l’audace de ces bâtisseurs du début des années 60.

Nous voici maintenant au XXIe siècle. Le monde a évolué et les besoins en matière de formation des maîtres aussi.  Ce n’est pas une illusion! Nous ne pouvons plus demander aux jeunes enseignants de reproduire le milieu qu’ils ont tant aimé.  Les enseignant(e)s d’aujourd’hui sont des agents de changement, or ils ne sont pas préparés à ce changement de culture.  Je laisse le soin aux universités de modifier la formation initiale, afin qu’elle s’adapte mieux aux exigences de la profession.

Illusion ou Question de perception

Illusion ou Question de perception

 

Je ne baisse pas les bras pour autant et je milite à travers  mes actions et mes textes pour une véritable culture de formation continue. Nos enseignants travaillent bien et nos jeunes candidats arrivent encore aujourd’hui en 2017 avec une foi pédagogique prête à déplacer des montagnes. Il est alors de notre devoir de les accompagner, de les former afin qu’ils fassent mieux ce qu’ils font déjà bien, bien sûr.   Nous devons aussi les mettre en contact avec la recherche, les données probantes, les expérimentations porteuses de renouveau; avec les forums de discussion tels que TacEdChat, les lieux d’échanges comme les Soupers pédagogiques presque parfaits USPPP, les sites de formation continue comme CADRE21 et les multiples réseaux sociaux Facebook et Twitter.

Les enseignant(e)s d’aujourd’hui sont des agents de changement,

or ils ne sont pas préparés à ce changement de culture.

 

Le milieu de l’éducation a ses contraintes et son rythme qui lui sont propres aussi. Raison de plus pour aller vers chaque enseignant et le prendre où il est dans son développement professionnel. Si un des premiers facteurs de motivation et de réussite chez les élèves est le lien de confiance avec son enseignant, pourquoi en serait-ce autrement avec les enseignants eux-mêmes lorsque nous leur parlons de formation continue.

Je me rappelle la conférence d’ouverture de Benoit Petit à Clair 2016 au Nouveau-Brunswick, quand il nous expliquait l’importance de composer avec l’affectif des enseignants avant de parler de changement.  Il nous invitait à faire nommer, à reconnaître, à prendre en compte les craintes ou les appréhensions des enseignants dans le but de construire ensemble, plutôt que d’imposer (et de braquer les enseignants).

@Benoit Petit Clair 2016

@Benoit Petit Clair 2016

Pour ne laisser personne derrière

Les changements en éducation sont là et il est vain de s’y opposer. Ce n’est pas une illusion, je le répète. Or, il faut s’assurer que tous nos enseignant(e)s soient en mesure de progresser (Growth mindset) personnellement et professionnellement  sans laisser personne en cours de route.   No Teacher left behind, disent les Anglais. Cette philosophie du changement suggère de proposer des défis pertinents (relevant) de nature personnelle et professionnelle aux enseignants et de leur faire vivre les succès au fur et à mesure.  C’est ainsi que se développe le sentiment d’efficacité personnelle. Comme le dit si bien George Couros le changement est un processus « Innovation is a process not a product ».  Ainsi, les collègues pourront véritablement applaudir les succès des enseignants qui progressent, tout comme eux… parce que c’est normal de vouloir s’améliorer quand nous aimons ce que nous faisons et les jeunes avec qui nous travaillons.

[1] Presse canadienne et Léger Marketing.  La perception des Canadiens à l’Égard de certaines professions : Rapport. Montréal, 2003.

L’écriture collaborative comme stratégie d’apprentissage (CAMP TIC jour 3)

L’utilisation d’une plateforme d’écriture collaborative peut-elle aider à construire des connaissances et à développer des compétences ? Faut-il privilégier des moments pour amener les élèves à collaborer ? Quelle différence existe-t-il entre la collaboration et la coopération ? Voici de belles questions pour amorcer cette troisième journée de CAMP TIC de la FEEP.

C’est à Marie-Claude Gauthier, du Collège Jean-Eudes, qu’est revenu le rôle d’animatrice afin d’illustrer la richesse du travail collaboratif avec les élèves. Bien sûr, il a été question de planification et d’organisation de séquences d’enseignement pour amener les élèves à collaborer plutôt que de simplement coopérer. Vous avez compris ? Il a été question d’amener les élèves à s’investir dans une même tâche de manière concertée plutôt que chacun fasse sa part sans nécessairement établir les liens avec les autres.

Écriture collaborative Marie-Claude Gauthier

Écriture collaborative
Marie-Claude Gauthier

Pour y parvenir, il est bien évident que le recours aux plateformes d’écriture collaborative offre l’avantage de mettre rapidement les élèves en action et même en interaction avec les autres membres de leur équipe dans la réalisation de la tâche à accomplir. Certaines plateformes, telles EtherPad entre autres, permettent même de voir littéralement la contribution de chaque élève, car leur apport est identifié par une couleur distincte.

La pertinence des traces laissées par chacun des élèves à la réalisation d’une activité a certes ses avantages quand il est question de « contrôler » le juste apport de chacun. Or, au-delà de cette fonction régulatrice, l’appel aux plateformes d’écriture collaborative présente le grand avantage d’émettre des rétroactions. Ces rétroactions sont d’autant plus pertinentes, car elles peuvent se faire en temps réel en plus d’être individualisées tout au long du processus d’apprentissage.

Un moment charnière

Vous aurez compris que ce segment du CAMP TIC a constitué un moment charnière de réalisation pour les enseignant(e)s qui ont eu l’occasion de créer à leur tour une séquence d’enseignement en mode collaboratif. Le travail d’équipe et la confrontation des idées avec d’autres pairs ont certes fait partie des temps forts de la journée.

S’engager dans son développement professionnel et le leadership scolaire

Les enseignants sont repartis avec deux badges numériques émis par le CADRE21. Un premier badge de CAMP TIC 2016 a souligné la part d’engagement et de réflexion des enseignant(e)s dans leur développement professionnel. Le second badge d’écriture collaborative de niveau explorateur a été octroyé pour la part de recherche réalisée par les enseignant(e)s en vue de la réalisation de leur séquence d’enseignement. Un badge de niveau architecte est à la portée des enseignant(e)s qui feront preuve de leadership en poursuivant leur développement professionnel dans les mois qui viennent.

Si le leadership scolaire réside dans « la capacité d’amener les enseignants et les cadres scolaires à modifier leurs approches pédagogiques ou éducatives de façon volontaire et dans l’intérêt de l’élève », comme l’a affirmé Marc-André Girard, lors de son atelier sur le leadership ; alors les participant(e)s au CAMP TIC deviendront de bons agents de « contamination positive » pour leurs collègues à la rentrée.

Prêts pour la rentrée

Riches de trois journées de formation, les enseignant(e)s sont repartis avec une énergie renouvelée pour amorcer en force une nouvelle année scolaire dont les élèves devraient se souvenir.

Les questionnaires interactifs comme moyen d’apprentissage (CAMP TIC Jour 2)

L’école est réputée pour être le lieu où les élèves doivent répondre à tout plein de questions : elle en détient peut-être même le monopole. Le questionnement, c’est connu, fait partie des stratégies d’apprentissage pour vérifier le niveau d’acquisition de connaissances des élèves ou encore pour valider le degré de compréhension d’une séquence d’enseignement. Or, il est possible d’amener beaucoup plus loin cette stratégie pour la transformer en moyen d’apprentissage.

« Si je disposais d’une heure pour résoudre un problème et que ma vie en dépende, je consacrerais les 55 premières minutes à définir la question appropriée à poser, car une fois cela fait, je pourrais résoudre le problème en moins de cinq minutes. »

ALBERT EINSTEIN

Du questionnement à l’apprentissage

Les questionnaires interactifs lient à la fois la pédagogie active et la compréhension des apprentissages, car ils mettent les élèves en action en les invitant à participer ou à construire leurs propres questionnaires. Il existe plusieurs outils informatiques pour soutenir ces apprentissages, comme ont pu le constater les enseignant(e)s lors de cette deuxième journée de formation au CAMP TIC de la FEEP.

Divers outils ont été présentés aux enseignant(e)s tels que Socrative, GoFormative, Quizizz, Kahoot.it, EdPuzzle ou Google formulaire de ce monde. Bien évidemment, chacun de ces outils a ses caractéristiques, mais tous ont la même particularité de mettre les élèves en action.

À l’aide de ces outils, il peut être aussi simple de demander aux élèves du groupe de répondre en temps réel à des questions et d’afficher la distribution des réponses à l’écran. Cela permet d’offrir une rétroaction rapide et ciblée au groupe ou à certains élèves en particulier. Une belle occasion de faire de la différenciation pédagogique !

Ces outils permettent aussi aux élèves de rédiger leurs propres questionnaires tout comme aux enseignant(e)s de créer leurs formulaires personnalisés. L’intérêt pédagogique réside alors dans le degré de taxonomie auquel il est possible de recourir lors de l’élaboration de ces questionnaires. De la simple identification de concept à l’analyse comparative de documents entre eux : cela ne dépend que de l’intention pédagogique de l’enseignant(e).

Les enseignant(e)s des modèles d’apprenants

Rappelez-vous que les enseignant(e)s étaient partis avec un défi pédagogique à la fin de leur première journée. Ils devaient photographier un concept pédagogique à enseigner à partir d’un élément de leur environnement. La première tâche de cette deuxième journée a été d’illustrer ce concept à l’aide de l’application Thinglink. Les résultats ont été surprenants.

Les animateurs sont ravis du niveau d’engagement des enseignant(e)s qui ne se dément pas. Il ne fait aucun doute que le deuxième défi sera aussi bien relevé que le premier et que l’analyse réflexive à laquelle ils se livrent sera de la même mouture. Pour leur part, les enseignant(e)s ne voient assurément plus le questionnement de la même façon.

 CC0 Public Domain

CC0 Public Domain

 

 

 

 

La troisième et dernière journée du CAMP TIC de demain portera principalement sur l’écriture collaborative et permettra aux enseignant(e)s de s’investir dans la création de leur séquence. Une autre belle journée de développement professionnel en perspective.

Les intentions pédagogiques au cœur d’un CAMP TIC

C’est aujourd’hui, le 15 août, que s’est amorcée la 14e édition du CAMP TIC de la FEEP (Fédération des établissements d’enseignement privés). Ce camp qui se déroule maintenant depuis 15 ans suscite un engouement qui ne se dément pas au fil des années. Voici une belle tradition de développement professionnel et d’émulation, tant pour les enseignants que pour leurs écoles qui bénéficient des retombées.

Le but premier de ces trois journées de formation est d’accompagner les enseignant(e)s dans l’intégration pédagogique des technologies en classe de manière optimale. Vous l’aurez deviné : Pas question d’intégrer des technologies en classe pour le simple plaisir de les intégrer. Au cœur de leur démarche, les enseignant(e)s doivent indubitablement cerner les intentions pédagogiques qui sous-tendront leur enseignement. Alors, à ce moment-là seulement, un choix de technologie pourra surgir.

Activité brise-glace

Activité brise-glace à l’accueil

Le thème de ces trois jours est prometteur : Créer des séquences d’enseignement en mode collaboratif dans une optique de pédagogie active qui s’appuie sur le questionnement. La pédagogie active a servi d’entrée en matière pour cette première journée et l’exploration de logiciels et d’applications, sous la forme de speed dating, a permis de présenter un éventail d’outils technologiques pour répondre aux divers besoins des participant(e)s.

Comment rendre les élèves actifs dans leurs apprentissages ? Comment optimiser ces apprentissages à l’aide de la technologie ? Questionner les pratiques pédagogiques et évaluatives, afin d’améliorer sa pratique professionnelle : voilà une première journée bien remplie.

Les animatrices et animateurs, Marie-Claude Gauthier, Kathleen Godard, Jacques Cool, Claude Frenette et Marc-André Girard ont fini la journée en soumettant un défi technologique aux participant(e)s : défi qui servira d’amorce pour la deuxième journée. C’est à suivre.

Le CADRE21 : un nouvel agent de changement

C’est à peine revenue du Colloque de Clair 2016, au Nouveau-Brunswick, que l’équipe du CADRE 21 s’est affairée à accueillir les visiteurs lors de l’opération Portes ouvertes qui se déroulait dans ses locaux du boulevard Henri-Bourassa Est à Montréal, du 1er au 4 février dernier. L’événement a suscité beaucoup de curiosité pour ce nouveau joueur du monde de l’éducation. Au moment où la plupart des états appliquent des régimes minceurs à leurs systèmes éducatifs, l’offre du CADRE21 arrive comme une bouffée de fraîcheur, afin de stimuler l’engagement et le développement professionnel des enseignantes et enseignants de la francophonie.

Inauguration du CADRE21

Jacques Cool, coordonnateur du CADRE21 et moi-même, coordonnateur au développement pédagogique, avons sillonné le Québec et le Canada l’automne dernier, afin de préparer la venue du Centre d’Animation, de Développement et de Recherche en Éducation pour le 21e siècle www.cadre21.org à une quinzaine de groupes distincts. Nous avons procédé à l’inauguration officielle des lieux et de son site Web le jeudi 21 janvier dernier en compagnie d’acteurs de l’éducation, actuels et des premières heures, d’enseignants, de chercheurs, d’hommes et de femmes politiques, de gens des médias, d’administrateurs et bien évidemment d’élèves; puisque c’est pour eux que nous cherchons constamment à améliorer la pratique des professionnels de l’Éducation. Un robot de téléprésence a permis à Sylvie Blain, professeur de didactique du français à l’Université de Moncton au Nouveau-Brunswick et à Christophe Batier, directeur technique du service Icap à l’Université de Lyon 1 de participer à l’inauguration et de s’entretenir avec les invités sur place, et ce, malgré la distance.

Jacques Cool et Jarvis

Jacques Cool et le robot de téléprésence Jarvis

Le CADRE21 : un lieu

Les portes ouvertes ont permis d’accueillir une centaine de visiteurs dans les locaux du CADRE21 entre le 1er et le 4 février. Des enseignants, des directions d’établissements, des conseillers pédagogiques, des chercheurs, des représentants syndicaux et du monde des affaires ont tour à tour franchi les portes pour découvrir ce nouvel environnement. Au-delà de sa salle de conférence multifonctionnelle et de son robot de téléprésence, prénommé Jarvis (en référence à l’ordinateur central de Marvel) le centre offre des salles de création et de production tout à fait innovantes et inspirantes, aux dires des visiteurs. Cela c’est sans parler d’un coin lounge propice aux échanges informels. Les salles entièrement numériques s’appuient sur un système de domotique permettant de créer des lieux interactifs de travail ou encore des atmosphères où les sons et les éclairages s’adaptent en fonction des besoins de l’animation ou de l’activité en cours.

Salle de conférence

Salle de conférence multifonctionnelle

Le CADRE21 : un site en trois axes

Les visiteurs ont pu être mis en contact avec les trois grands axes du site du CADRE21 qui s’articulent autour de l’animation, du développement et de la recherche. Bien évidemment, les animations diffusées à partir du CADRE21 auront pour thématique l’Éducation, mais dans toutes ses dimensions c.-à-d. tant micro que macro. Cela pourra donner lieu à la tenue de Soupers pédagogiques presque parfaits, avec des problématiques reliées davantage à la réalité quotidienne de l’École. Ce sera aussi l’occasion de questionner les grands enjeux mondiaux de l’Éducation à travers les rôles et les fonctions de l’École relativement aux exigences de la profession enseignante au 21e siècle telles que définies par l’UNESCO ou Partnership for 21st century learning, par exemple.

Le volet développement constitue à coup sûr l’axe majeur sur lequel le CADRE21 s’est investi. Le développement professionnel s’inscrit clairement dans une offre de formation continue pour les enseignants et les professionnels de l’éducation. Cette offre de développement professionnel s’appuie sur une approche d’accompagnement : accompagnement par les pairs et par la communauté d’apprentissage qui se développe à chacun des niveaux d’apprentissage. Le tout soutenu par un système de badges numériques dont les données cryptées témoignent des réalisations de chacun. Ainsi, les professionnels sont invités à identifier leurs besoins de formation en fonction de trois familles de compétences : à savoir, l’intégration des TIC, la gestion de classe et les stratégies pédagogiques.

Familles de badges

Familles de badges

Une fois inscrits, les enseignants ont accès à de la documentation préalablement sélectionnée pour sa pertinence, par des experts de contenu. Ce corpus permet donc aux apprenants d’explorer et de cheminer en ayant accès à une foule de données, de témoignages d’experts ou de collègues. Finalement, une fois le parcours terminé, l’apprenant est en mesure de procéder à la demande de son badge. Libre à lui de s’inscrire dans un autre par la suite. À la différence d’un MOOC ou de formations plus traditionnelles, le parcours de formation proposé par le CADRE21 ne requiert aucune présence ni suivi d’un horaire commun. Les contraintes de lieux et de temps qui sont les principaux obstacles à la formation continue viennent de s’effacer avec cette offre du CADRE21.

Parcours de formation

Parcours de formation

La dimension recherche s’appuie sur la collaboration avec des organismes bien reconnus dans le monde de l’éducation. Il suffit de penser aux Thot Cursus, Carrefour Éducation, CTREQ ou Canopé de ce monde pour s’en convaincre. «  Le but escompté n‘est pas de créer un autre silo en marge de ce qui existe déjà en éducation », nous rappelle Jacques Cool. Au contraire, le CADRE21 veut regrouper en son sein, les meilleures références sur les diverses thématiques liées à l’éducation sans que les visiteurs n’aient à cheminer à travers différents sites. Le volet recherche offrira un lieu de partage des meilleures pratiques, le tout sous une même enseigne. Le CADRE21 envisage même de s’associer avec des maîtrisants ou des doctorants, afin de leur offrir un espace de collaboration et de vulgarisation de leurs travaux de recherche. Une forme de pont entre la recherche et la pratique, quoi!

Un bel avenir pour la profession enseignante

La particularité du CADRE21 se manifeste par son ouverture à l’ensemble des acteurs du monde de l’éducation dans l’ensemble de la francophonie et par son offre de formation qui laisse l’apprenant libre d’entreprendre à son rythme une démarche de formation continue. À l’heure où la profession enseignante doit s’actualiser de plus en plus pour répondre aux besoins pressants de cette école du 21e siècle, le CADRE21, se présente comme un agent de changement incontournable.

L’identité précède le développement professionnel

Septembre revient et comme un bon étudiant, je reprends la plume. C’est naturel et viscéral à la fois ce besoin d’écrire : d’écrire plus longuement que dans une infolettre ou sur les médias sociaux. Il y a le plaisir de coucher par écrit, par le détail, les pensées tantôt effleurées ou tout simplement relayées faute d’espace dans la journée. Heureusement, il y a le soir quand le quartier se calme et que la réflexion se déploie.

En marge des querelles de restrictions budgétaires et de la place de l’éducation comme valeur fondamentale de notre société, nous sommes en droit de nous questionner sur la mutation du rôle des enseignants. Nous les souhaitons tous aptes à former ces élèves qui évolueront dans cette société du 21e siècle. Peut-on encore prétendre que la formation initiale répond aux défis que ces enseignants rencontrent au quotidien?

Un retour sur quelques ateliers sur le développement professionnel auxquels j’ai assistés lors du congrès d’ISTE 2015 en juillet dernier alimentera mes réflexions pour les articles à venir.

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Crise de l’identité professionnelle

Les réformes de par le monde partagent une vision sensiblement commune du rôle de l’enseignant qui ne peut plus être celui d’un transmetteur de connaissances. Il suffit de « googler » certaines questions d’examen s’il faut encore s’en convaincre et comprendre que les élèves font leurs apprentissages dans plusieurs lieux autres qu’à l’école.

Les termes de guide et d’accompagnateur expert sont souvent utilisés pour désigner ce nouvel enseignant. Pour sa part, le chercheur et essayiste américain, Will Richardson, affirme qu’ils doivent devenir des leaders pédagogiques, afin de répondre aux nouvelles exigences de formation et d’apprentissage, à défaut de voir disparaître l’école. Hé, quelqu’un quelque part a-t-il cru bon d’aviser les enseignants de ce changement d’identité professionnelle?

Cette identité correspond à la définition du rôle du professionnel dans l’exercice de sa fonction. Or, dans le cas présent, cela renvoie au rôle de l’enseignant dans la société, à son utilité. Out, celui qui transmettait son savoir ! Bienvenue aux leaders pédagogiques.

Will Richardson reconnaît huit qualités (attributes) à ces enseignants modernes. [traduction libre]

  1. Ils sont branchés et engagés dans les réseaux sociaux;
  2.  Ils sont professionnellement responsables avec (et sans) la technologie;
  3.  Ils sont innovateurs et soutiennent l’innovation en classe;
  4. Ils sont des modèles d’apprenants en ligne et hors ligne;
  5. Ils voient leur programme en fonction de stratégies et non comme une finalité;
  6. Ils partagent une vision «en constante évolution» pour l’enseignement et l’apprentissage dans    leurs écoles, avec (ou sans) la technologie;
  7. Ils se sont capables de contextualiser les apprentissages dans un environnement moderne;
  8. Ils savent que l’apprentissage c’est du travail.

Savoir accompagner

Nous savons tous que l’École est en pleine transformation : les enseignants les premiers. Ce n’est plus l’heure de se demander si elle doit ou non évoluer. Aussi, les besoins d’actualisation de la profession enseignante ne laissent plus de doute et doivent s’inscrire dans le temps. Pour cela, il faut soutenir les enseignants à vivre ces changements, il faut les accompagner et écouter leurs besoins de développement professionnel, afin d’améliorer leurs relations avec les élèves et la qualité des apprentissages réalisés en classe et hors classe.

Enfin, selon l’OCDE, la qualité des enseignants est le premier levier d’amélioration de l’efficacité des systèmes d’éducation. Ajoutons à cela un leadership pédagogique fort dans chacune de nos écoles et nous pourrons voir les traces tangibles de cette école du 21e siècle, ici, au Québec.